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Les nouveaux délais de paiement : comment les rendre efficaces ?
- Par Sophie-Laurence ROY-CLEMANDOT
- Publié 8/12/2008
- Règlementation économique
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Sophie-Laurence ROY-CLEMANDOT
Avocate, associée fondatrice du cabinet RCS.
Les délais de paiement sont en France plus élevés
que la moyenne des autres délais dans le reste de l'Europe, 67 jours chez nous contre 57 jours de
moyenne européenne. Cette situation est nuisible aux PME et PMI qui
fournissent ainsi un crédit gratuit à leurs clients, ce qui leur impose de
constituer et conserver un fonds de roulement capable d'y faire face ou, leur
coûte par l'affacturage auquel ils sont obligés de recourir, les intérêts
qu'ils ne font pas payer à leurs clients.
C'est un mal français assez ancien et plusieurs
thérapies ont été mises en œuvre pour tenter d'améliorer cette situation : la loi sur les nouvelles régulations
économiques du
La pratique a montré que ces deux lois n'étaient
guère appliquées et indirectement la loi LME du
Ces nouveaux délais vont pouvoir s'appliquer, à
compter du 1er janvier 2009, à tous les contrats conclus après cette
date et dans le cas des commandes dites "ouvertes" dans lesquelles le
donneur d'ordre ne prend aucun engagement ferme sur la quantité des produits ou
sur l'échéancier des prestations ou des livraisons, pour les appels de commande
postérieurs à cette date.
Le nouvel article L 441-6 du Code de commerce, tel
qu'il résulte de la loi LME, prévoit maintenant une pénalité de retard qui ne peut être inférieure à 3 fois le
taux d'intérêt légal ou qui ne peut être inférieure au taux de la Banque
centrale européenne pour ses opérations de financement, augmenté de 10 points.
Le surcoût dû au paiement de retard devient donc
onéreux : aujourd'hui au moins
11,97 % dans le cas de
l'intérêt légal multiplié par 3
12,5 % pour le taux de la BCE
augmenté de 10 points (Il vient d'être baissé ce 4 décembre)
Ces
chiffres ne sont que des minimas prévus par la loi et chaque PME et/ou PMI peut
appliquer un taux supérieur. La loi prévoyant en outre qu'il s'agit de pénalité
et non pas d'intérêts, le taux de l'usure ne leur est pas applicable.
Ce surcoût est dû à partir du 31ème jour
(ou, en cas de négociation particulière, du 46ème jour) après la
réception des marchandises ou l'exécution de la fourniture de service ou du 61ème
après facturation. Cette pénalité est due sans qu'un rappel ou une mise en
demeure ne soient nécessaires. Mais la mise en demeure reste importante puisque
c'est elle qui fait courir les intérêts
moratoires qui s'ajoutent à cette pénalité.
Pour pouvoir être exigée, la volonté d'appliquer cette
pénalité de retard doit avoir été mentionnée dans les conditions de règlement et/ou
sur les factures. Il faut donc faire figurer ces mentions sur les catalogues,
accusés de réception de commandes, bons de livraisons, site internet, factures,
et d'ailleurs a contrario les
éventuelles ristournes pour paiement rapide …
Enfin, le défaut de respect de ces dispositions est
assorti d'une possible condamnation correctionnelle (amende de 15.000 euros).
Le mécanisme n'est pas nouveau. Il est en revanche mal connu et partant,
mal ou peu appliqué. La loi LME a manifestement voulu abréger les délais de
paiement moyens : la cherté de la pénalité en est une première preuve.
Une seconde preuve résulte de l'exception qu'elle a
laissée pour certains secteurs d'activité de convenir par des accords interprofessionnels
d'un délai de paiement plus long. Cette possible exception est en effet très
encadrée :
Raisons économiques objectives et spécifiques au
secteur c'est-à-dire par comparaison avec les délais moyens réalisés dans le
secteur en 2007 et une situation particulière de rotation des stocks ;
L'accord doit organiser lui-même la réduction du
délai dérogatoire de sorte que le délai légal soit respecté le 1er
janvier 2012 au plus tard ;
Ces accords doivent être pris avant le 1er
mars 2009 et être approuvés par décret après consultation du Conseil de la
concurrence.
Les entreprises ont maintenant un moyen légal
d'obtenir de leurs cocontractants des délais de paiement "normaux".
Espérons qu'elles en profiteront toutes pour améliorer leur trésorerie ce qui
ne peut que faciliter leur accès au crédit.
4 Responses to "Les nouveaux délais de paiement : comment les rendre efficaces ?" 
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a écrit le 19 Jan 2009 4:04:26 AM EDT
Pour une analyse complémentaire de la loi LME, je vous conseille la lecture de cet article ( http://www.e-affacturage.fr/html/avis_affacturage_delais_de_paiement_lme.html ) qui éclaire certains points comme le calcul des fins de mois, les décades, la facturation export. Au sujet de l'affacturage, l'expérience montre que la réduction des délais de paiement dans le transport a augmenté les recours à l'affacturage, qui aide justement à tenir ses engagements de délais en apportant de la trésorerie. Quand aux pénalités de retard, même si elles sont rendus plus efficaces, commercialement, beaucoup d'entreprises ne peuvent pas y recourir.
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a écrit le 20 Jan 2009 2:43:58 PM EDT
Il est par ailleurs important de signaler une dérive puisque, si certaines grosses entreprises de grande distribution ont bien intégré ces délais, elles cherchent par contre à en faire une règle commune à tous leurs fournisseurs. Nous nous retrouvons donc avec une demande de doubler nos délais de paiement existants dans nos contrat et figurants d'ailleurs dans nos CGV. Le législateur n'aurait-il pas oublier de préciser qu'il était interdit par ailleurs d'augmenter les délais de paiement existants ?
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a écrit le 21 Jan 2009 3:05:25 AM EDT
Vous avez raison, et en fait c'est tout le problème des nouvelles réglementations qui tentent de changer le comportement collectif inconscient. L'instauration des intérêts en cas de paiement tardif existe depuis de nombreuses années et n'a finalement pas été mis en oeuvre par les entreprises.
La loi LME, en augmentant considérablement la cherté des intérêts a manifestement voulu encourager les entreprises qui peuvent en bénéficier de les instaurer. Rappelons que les chiffres cités sont des minimums et que les entreprises peuvent donc prévoir des intérêts de retard supérieurs. Restent deux éléments importants : tous les délais de paiement doivent être réduit en 2012 au plus tard ainsi que la sanction pénale prévue par la loi. Enfin, une législation ne s'applique bien que si ceux qui en profitent veulent réellement la faire appliquer .... C'est à tous de s'y mettre ! |
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a écrit le 21 Jan 2009 3:16:43 AM EDT
Pour Blanie : l'équilibre des relations commerciales à venir dépendra de la capacité de chacun à refuser des demandes abusives. Il ne faut pas oublier que les délais de paiement trop longs imposés par certains, reviennent à faire payer aux fournisseurs le crédit bancaire qu'ils ne veulent pas assumer. Ce genre de comportement conduit nécessairement à des rapports de force (économiques peut-être, mais psychologiques à coup sûr) qui ne devraient pas exister. Si ces délais de paiement imposés réduisent (voire éliminent) la rentabilité du contrat, il faut les refuser : il vaut mieux pas de contrat qu'un contrat qui n'apporte aucune marge à l'entreprise.
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